Recherche : Journée d’études / TechnoLOWgy
le mardi
9h-17h
Jacob-Bellecombette et Chambéry

- Lieux et horaires :
– 9h-12h : UFR LLSH, amphi 11000 – Route du Sergent Revel 73000 Jacob-Bellecombette ;
– 14h-17h : Espace Larith – 39-41 rue du Larith 73000 Chambéry.
- Journée d’études née d’une collaboration recherche autour des IA, du sensible et des émotions, entre :
– l’École supérieure d’art Annecy Alpes (ESAAA), dans le cadre du programme de recherche « Re/generative Performance – somapolitique du commun »
– le département Communication-Hypermédia de l’Université Savoie Mont Blanc (USMB), dans le cadre du projet «l’IA et le vivant »
– le laboratoire LLSETI (USMB)
– l’Espace Larith de Chambéry.
- Coordination : Carole Brandon, Kristell Blache-Comte et David Zerbib
Argument
Depuis l’avènement d’Internet, les technologies numériques recomposent nos environnements de vie à une échelle globale comme à l’échelle de nos corps, s’immisçant dans tous les espaces de la société. Elles fragmentent l’expérience et pénètrent nos existences, jusqu’aux sphères les plus intimes.
Face à cette sorte de submersion et de métabolisation, les artistes créent des zones d’autonomie, en détournant, déconstruisant, ou rendant visibles les opérations technologiques, leurs fonctionnements, leurs modes de production et les mécanismes de domination qu’elles peuvent impliquer. L’intelligence artificielle, en particulier – prophétisée par certain·x·es scientifiques comme la plus remarquable mais possiblement l’ultime invention de l’Humanité – représente sans doute le dispositif le plus étrange et en même temps le plus insidieusement proche, lové dans les processus techniques qui président désormais à nos échanges, nos paroles, nos perceptions, nos raisonnements, nos goûts, nos affects, nos opinions et nos décisions, entretenues par les algorithmes. Quels peuvent être les paramètres de ces zones d’autonomie esthétique que les œuvres sont susceptibles de créer, mettant en question les critères d’efficacité de la technique, redonnant une place au corps, à l’expérience située, à travers d’autres usages, d’autres rapports au temps et à l’espace ? Comment repenser nos relations sensorielles et sensitives à nos environnements médiatiques et sous quelles conditions l’usage des technologies peut-il avoir un rôle paradoxal à jouer dans la résistance à la course vers l’artificialisation et la virtualisation du monde ?
Avec les chercheur·x·ses et artistes invité·x·es à cette journée d’études, nous souhaitons aborder la technologie dans son plus simple appareil. Il s’agira de diminuer la pression de la « tech‘ » d’introduire, entre tekhnè et logos, un principe de réalité sensible qui resitue le langage et la pensée de la technique dans une écologie humaine et terrestre : une technologie d’en bas ou, pour jouer dans la langue même de la Silicon Valley, une techno – low – logy, une technolowgy. Technologie low, au sens artisanal, au sens d’une économie pauvre, d’une échelle communautaire, de gestes critiques et de hacks poétiques.
A travers des performances, expériences, projections de films, présentations et ateliers, cette journée d’études est conçue comme un processus de partage d’expérimentations pratiques et de réflexions théoriques nourries par les œuvres.
Intervenant·x·es
- Sylvie Boisseau et Frank Westermeyer – vidéastes
- Heiko Buchholz – metteur en scène
- Jonathan O’Hear – programmeur, artiste, cofondateur de l’IA communautaire chimere.ai
- Jordan Emery – chercheur queer
PROGRAMME
Matin, 9h-12h : amphi 11000, campus de Jacob
– 9h : Heiko Buchholz, acteur et auteur franco-allemand
Après avoir travaillé au sein du Groupe O, une troupe de théâtre expérimental dans l’espace public de 1995 à 2000, il a fondé en 2003 le collectif « Un Euro ne fait pas le Printemps », basé à Grenoble. Spécialisé dans la création de spectacles mêlant art et science, Heiko est notamment l’auteur et interprète de « Dr H, vie et mort des crêpes », une conférence absurdo-scientifique qui interroge la perception de la science par le public. Ces dernières années, Heiko a poursuivi son exploration artistique en animant des ateliers d’écriture et de jeu d’acteur en milieu scolaire et professionnel. Il a également été en résidence d’écriture à l’Institut des Sciences de la Terre (ISTerre) à Grenoble, où il a développé de nouvelles créations alliant science et performance artistique.
- Intervention : Les résidences artistiques dans des laboratoires de recherche
Quelle est cette sorte de résidence, pour quoi faire, et comment scientifiques et artistes s’y enrichissent mutuellement ?
– 10h : Sylvie Boisseau, artiste vidéaste et chercheuse basée à Berlin. Frank Westermeyer, artiste et vidéaste basé à Genève et Berlin, professeur à la HEAD, Genève.
Dans leur travail artistique en binôme, les deux artistes développent des formes performatives et cinématographiques pour capturer les formes de projections de l’humain dans des espaces sociaux, culturels, technologiques ou organiques. Le travail de Boisseau & Westermeyer a été présenté dans des expositions internationales et à de nombreux festivals comme à la Transmediale Berlin, au festival Kino der Kunst à Munich, dans des centres d’art, musée ou encore des espaces alternatifs. Le duo Boisseau & Westermeyer développe également une recherche par les moyens de l’art, comme dans le projet publié sous le titre Jouer à être humain. Une expérimentation artistique et philosophique (en collaboration avec David Zerbib, Naima édition, 2020). Leurs recherches ont été présentées dans de nombreuses conférences, comme récemment à Riga, Stockholm, Paris, Lucerne ou Madrid. Les deux artistes travaillent actuellement, en collaboration avec David Zerbib, au projet « Le Corps Hackeur » qui consiste à interroger en quoi la vidéo générative basée sur l’intelligence artificielle redéfinit la position et la fonction du corps dans le rapport à l’image.
- Intervention : Journal d’une auto-amélioration : errances et tactiques dans l’espace avatarisé de la vidéo générative
Le « Journal d’une auto-amélioration » (Journal of a Self Improvement) réagit à la lecture automatique d’images complexes et aux possibilités de générer synthétiquement des images réalistes sans rapport avec la réalité physique. Le développement de la génération d’images et de vidéos basée sur l’IA fait certes l’objet de nombreux commentaires, mais on dépasse rarement le stade de la chronique techno-médiatique. Comment explorer concrètement notre rapport à l’image, qui est en train de changer radicalement grâce aux nouvelles technologies ? En entrant dans l’image… Quels nouveaux espaces de jeu, de doute, de questionnement en résultent ?
La philosophie de Helmuth Plessner, qui conçoit la vie fondamentalement dans sa dimension spatiale, est pour nous un outil théorique central pour comprendre la cohabitation avec les entités numériques. La vidéo Journal of a Self Improvement spécule, à travers une série de quatre expériences, sur la nouvelle écologie hybride où se rencontrent humains et avatars numériques, tous deux dotés de capacités d’analyse émotionnelle et d’une forme particulière d’intelligence.
– 11h : Jordan Emery, double docteur en Sciences de l’Information et de la Communication (Université Savoie Mont-Blanc) et en Psychologie Sociale de l’Art (Universidade de São Paulo)
Ses recherches visuelles portent sur les potentialités des espaces et corps marginalisés. Il crée et expose des œuvres sur ses thématiques de recherche et participe à de nombreux projets engagés en France et à l’étranger. Enseignant et chercheur au Département Communication Hypermédia de l’USMB, il développe seul ou en équipe des recherches et créations, notamment autour du genre et des dispositifs numériques médiatiques.
- Intervention : EXOTE
« Le 6 décembre 2024, je défendais ma thèse de doctorat, une recherche ethno-graphique qui utilisait une vision à 360°, la réalité virtuelle et la photogrammétrie pour montrer comment les corps queer créent des contre-espaces politiques dans l’espace urbain.
Un an après, le 9 décembre 2025, la théorie se mue en une autre pratique. Une performance qui use la machine en un outil de révélation sensorielle. L’appareillage technologique, qui servait à étudier les corps et situations d’autrui, devient ici un miroir qui me reflète et me questionne, m’invitant à re/découvrir mon propre potentiel vibratoire.
C’est une exploration qui propose au public une expérience invitant à saisir nos connexions au sensible avec l’Autre-corps et l’Autre-machine. »
Après-midi, 14h-17h : espace Larith Chambéry (sur inscription par mail)
– 14h : Heiko Buchholz, acteur et auteur franco-allemand.
- Intervention : le cadre rouge
Comment des cadres rouges modifient la perception de l’environnement ?
– 15h : Jonathan O’Hear, artiste multidisciplinaire basé à Genève
En 2022, Jonathan O’Hear a fondé l’association de Malfaiteurs avec Brice Catherin (un collectif artistique composé des deux artistes et de leurs invité·x·es).
En 2021, il a fondé et dirigé le festival AiiA avec Laura Tocmacov (un festival consacré aux arts et à la culture de l’intelligence artificielle).
Fin 2017, il a lancé le projet Dai (un robot performatif doté d’intelligence artificielle), présenté en Suisse, en Irlande et en Inde. Le projet est toujours en cours.
Entre 2013 et 2018, il a été codirecteur artistique de la compagnie de danse contemporaine Neopost Foofwa, où il a co-créé le projet Utile / Inutile (2015-2017, avec Foofwa d’Imobilité).
Son travail a été présenté au CCS – Paris, au Musée Tinguely – Bâle, à la Villa Bernasconi – Genève, à la Fonderie Kugler – Genève, à la Médiathèque de Biarritz, à Fluxum – Genève, à Analix Forever – Genève, au CAC – Genève (avec l’Ensemble Vide), à Max Mueller – Delhi (avec Mandeep Raikhy), ainsi qu’à la Science Art Gallery – Dublin.
- Intervention : Intelligence artificielle générative : changements et chances de l’imperfection
« Au cours de cette présentation et atelier, nous réfléchirons à ce qui change quand les imperfections des outils changent, comme dans l’évolution des versions de certains modèles d’IA. En contrepoint, nous présenterons notre projet Chimère, qui est une intelligence artificielle artistique et multimodale développée en open source en 2021, lors du festival AiiA à Genève. Chimère est un projet évolutif et communautaire conçu par l’artiste Jonathan O’Hear et son frère ingénieur Timothy O’Hear. Le point de départ est le désir, d’une part, de créer une entité non humaine qui pourrait « collaborer » artistiquement et, d’autre part, de proposer une IA plus proche de nous, modélisée différemment de celles proposées par les grands groupes technologiques dominants.
Depuis 2021, Chimère s’est enrichie du travail des artistes et des publics avec lesquels elle a collaboré ou discuté.
Nous réintroduisons régulièrement ces interactions dans son jeu de données et affinons son entraînement, modifiant continuellement sa ‘culture’, questionnant les biais de la culture occidentale typiquement reproduits par les IA contemporaines.
Il est donc important de réfléchir à l’existence de perspectives eurocentriques inhérentes à ces systèmes à partir du moment où nous voulons contribuer au débat sur l’impact d’une nouvelle technologie sur les sociétés. Pour atteindre ces objectifs, nous souhaitons rencontrer les communautés culturelles minoritaires avec Chimère, afin de comprendre comment les inclure dans la représentation du monde par les datasets. À cette fin, nous avons créé des communautés Chimère en Suisse, en Afrique du Sud et au Lesotho. »
Re/generative Performance – somapolitique du commun
Re/generative Performance – somapolitique du commun est un projet de recherche lancé en 2024 pour deux années, par la question suivante : comment les pratiques de performance collective peuvent-elles donner à repenser et régénérer les conditions esthétiques et politiques du commun ?
Son terrain d’investigation se situe au carrefour des arts visuels et des arts vivants, là où la performance donne à percevoir les dimensions gestuelles et somatiques de l’agir collectif. C’est le lieu d’une interrogation sur la somapolitique du commun dans la performance collective.
Deux axes thématiques structurent ce programme : d’une part le problème technologique qui dissocie corps et présence, mais aussi corps et intelligence à travers les progrès de l’Intelligence Artificielle ; d’autre part le problème écologique qui oblige à redéfinir les frontières du corps et ses relations à la vie et à la matérialité non humaine.
Pour affronter ces problèmes, seront produites des expérimentations artistiques visant en particulier à éprouver les limites de l’IA générative dans des formats de scripts de performances collectives, ou à explorer les décentrements régénératifs suscités par la perspective écoféministe.
Les expérimentations et la réflexion théorique menées s’appuient sur des partenariats solides avec Bonlieu Scène Nationale à Annecy, ainsi qu’avec Le Générateur à Gentilly, l’ABAQ en Italie et l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Le programme de recherche « Re/Generative Performance – somapolitique du commun » bénéficie du soutien du dispositif Radar du ministère de la Culture.
