Lila (Onyx) Martigné
DNSEP Design, 2023 - 2024
- Félicitations du jury
« Ma pratique s’inscrit dans la pluridisciplinarité, si bien par l’écriture, la sculpture, la performance, la vidéo, le dessin, l’édition, la photographie… J’aborde par le contexte, l’histoire, le lieu, le folklore, des œuvres allégoriques. J’active les archétypes de la dualité, de l’initiation, de la résilience, de la vengeance, du passage, des mystères, du divin. Je souhaite partager des histoires, des images, des moments, adressés à tous·x·tes, vivants, non-vivants, où la poésie, l’imaginaire sont ‘au service de’ la lumière, la délivrance, l’éveil, la gratitude, la résistance, le commun.
Mon travail est une émanation onirique des questions classiques qui traversent les âmes, les existences, les mythes, la manifestation. Je travaille à l’écoute des cycles du monde en création et de ma création, ‘du chaos vers la genèse’ avec ‘agir et non-agir’, obsessions et vertiges, non-sens et apprentissage, pour tenter de toucher quelques fois la grâce de l’inconscient et du conscient.
J’emploie une grammaire technique sensible où les matières éprouvent, subissent, parlent. Le terme ‘d’animatrice’ (de par mon métier) affirme une trajectoire artistique : donner de la vivacité, de l’éclat, de l’inerte vers l’animé, de la mort vers la naissance, créer du mouvement, dans une narration accessible, simple, avec un cœur animé par l’enfance et la porosité des mues vers le rêve, la projection, l’imaginable.
Il m’est indispensable de me relier à la constellation d’artistes, d’auteur·e·s, d’expériences, de récits, de rencontres, d’amitiés, d’héritage et de magie qui m’ont sans cesse bouleversée, re-questionnée, inspirée. Je remercie de ma plus pure attention tous ceux qui ont fait vibrer, muer, évoluer mon univers et m’ont permis de marcher sur le sentier lumineux de la création et d’en témoigner l’épreuve de mon expression.
Je suis partie de mon exorcisme tumultueux d’‘une nuit obscure’, en quête ‘d’universel clairvoyant’, de mon intériorité vers l’imago, de la médiumnité de l’art vers la complétude des expériences sensibles et des milieux, vers la transcendance, l’insondable, le subtil et le merveilleux – pour ainsi m’extraire du clair-obscur, de la ténèbres vers la sérénité, du mariage de la lune et du soleil. »
« TERRE
volatiles lampadophores
reptiles poussiéreux
entre les nœuds des cheveux noirs
il faut continuer d’écrire
plus loin que l’on imagine
toujours sans frontière
avec un bon duel
encore ce combat où s’affronte
l’ombre et la lumière
il a bien appris son rôle
travailler ce qu’il devait dire pour te perdre
il commence par incendier
ce qui coule dans tes veines
les raisons de ton cœur
les quelques raisons d’exister
comment réagir
si les démons existaient
je ne saurais dire
entre les murs défiant les ambiances
cet acharnement étrange
il faut toujours se réinventer
pour ne rien perdre de ce que l’on nous vole
dans cette petite différence qu’est l’originalité
les baguettes reprennent leur rôle et guident les âmes transparentes
dans les lieux où personne n’existe
dans les forêts où il y a trop de feuilles
pour qu’un faisceau persiste
pour mourir dans les troncs de la trouillarde
je ne suis personne et je résiste
il faut bien faire avec toute la technologie
alors même les esprits sont occupés au téléphone
et demandent de patienter
que le prochain signe se révèle
que le prochain SOS soit déclaré
sa façon de se multiplier
partout dans le monde
tu cours avec ton bonheur
heureux de venir en aide
sans se sacrifier
ange
en je
que j’ai du mal à te laisser tranquille
brisée dans les failles nécrose cristalline
du prix que j’ai 100 fois payé
tous les chiffres se divisent
échos de ma responsabilité
petite goutte imparfaite
miroitant aux palais givré
glaciale paroi ma gorge
j’escalade en ivrogne
batifolant je ris jaunâtre
dans le chaos cramoisi
avec celui qui apporte la lumière
mon corps maintenant binaire
qu’en faire qu’enfer
rouge et si bémols
nul rime ne m’accorde
il n’y a qu’un binôme paradoxal
des miroirs aux reflets déforment
une baignoire qui coule en ton absence
des spectres qui posent sur le rebord
des sifflements de rouge-à-lèvres
j’embrasse la trace vide des verres
la boisson du souvenir pétillant
ne fait plus de bulles
si il y a un avant est ce qu’il y a un futur
je marche là où j’avais marché
mais à la seconde je ne suis plus pareille
la réversibilité bien est videmment
la partition du bonheur s’est effacée
laissant des pelures de gommes
laissant mon rythme effarouchée
me laissant borgne
la beauté métamorphique
casse la croûte sur ma charogne
des vers grouillants s’envolent
l’adn poursuit sa course
au flamboiement d’une sirène
le revers argenté de la médaille
sur mes yeux déposé
renvoie la lumière
prêt à partir
ma sueur en goutte à goutte
regorge le ciel
redescend sur terre
avec mon espoir échoué
dans cette pluie de battantes
elle fera renaître des soleils »
Extrait de « oiseaux serpents, des coquilles d’œufs brisées sur la marelle », édition en forme de marelle dépliante de Lila (Onyx) Martigné, réalisée pour la soutenance de son DNSEP Design, Annecy, 2024. La lecture de ce texte en début de soutenance a fait raisonner les pièces entre elles.
Crédits photo : Lila (Onyx) Martigné