ESAAA Art
deuxième cycle – DNSEP, Master Monstre


Les enseignements de ce deuxième cycle s’appuient sur une professionnalisation à travers une phase projet – qui permet aux étudiant·x·es de développer une approche critique et transdisciplinaire des modes de production, d’apparition et d’exposition de l’art – et l’écriture d’un mémoire envisagé selon une compréhension non académique. C’est l’occasion d’acquérir une forme d’indépendance dans la conduite de projets individuels et / ou collectifs, en se formant au contact de professionnel·x·es de l’art et de s’initier aux pratiques curatoriales.


Master Art / Monstre


Le deuxième cycle option Art à l’ESAAA est un programme en deux ans qui prépare à l’obtention du DNSEP. Il place au cœur des expériences pédagogiques, une approche transversale, critique et active des modes de production, d’apparition et d’exposition de l’art d’aujourd’hui. Alors que ce champ professionnel n’a de cesse de se reconfigurer au contact des études féministes, intersectionnelles, queer et décoloniales, nous assistons à un engagement des artistes, des travailleur·x·ses de l’art et des institutions culturelles, envers une approche davantage politisée, située, incarnée, voire affectée de l’art.

En constante évolution, le Master Art / Monstre valorise l’expérimentation, l’échange et le partage, afin de questionner ensemble de nouvelles pratiques et méthodologies, invitant les étudiant·x·es à s’engager dans des projets de recherche individuels et collectifs dont la visée est autant de rejoindre la scène artistique de demain que d’inventer de nouvelles formes d’autonomie. 


Programme 2025-2026


La formation en Master Art / Monstre comprend plusieurs formats pédagogiques / types d’enseignement :

1. Zones Monstre / Initiation aux pratiques curatoriales

Les Zones « Monstre » sont des zones d’expérimentation. Elles permettent de se préparer aux conditions réelles de sortie d’école pour un·x·e jeune artiste diplômé·x·e. Tout en poursuivant ses propres recherches (et en les adaptant à des contextes aux données particulières, notamment les appels à candidatures, les dispositifs de bourses et de résidence), un·x·e jeune artiste diplômé·x·e est bien souvent amené·x·e à co-créer ou co-gérer un espace d’exposition (artists-run-space / curator-run-space / espace expérimental / atelier partagé). Chaque année, trois ou quatre projets d’exposition et de programmation sont menés simultanément par des groupes d’étudiant·x·es du Master Art / Monstre. Ils permettent de s’exercer à des formes d’organisation collective et de collaboration artistique. Ces zones sont des endroits où l’on pense et expérimente des espaces, des manières de produire et de partager l’art en fonction d’un contexte précis (professionnel, politique, émotionnel, affectif). Il s’agit d’une introduction aux pratiques artistiques et à l’écriture curatoriale, poursuivant un focus sur l’exposition en tant que médium à part entière. 

Programmes 2025 / 2026 :

  • Slow Curating, Arlène Berceliot Courtin
  • L’image comme infrastructure, Julien Ribeiro – Musée d’Art et d’Histoire, Genève
  • La vie pratique, Laurent Faulon – TOPIC, Genève  

2. Séances critiques 

Il s’agit de séances régulières transdisciplinaires, destinées aussi bien au Master Art / Monstre qu’au Master Design / Terrain, au cours desquelles les participant·x·es présentent leur travail pour en discuter avec les coordinateur·x·trices et les autres étudiant·x·es. Celles-ci sont ponctuées de rencontres et d’échanges avec des invité·x·es professionnel·x·les engagé·x·es dans une approche de l’art féministe, inclusive et écoresponsable. C’est une initiation au curating à travers le développement d’une approche analytique et réflexive des modalités de diffusion et des principes d’acceptation des pratiques artistiques contemporaines. 

3. Artforum 

Ce module de professionnalisation se concentre sur la rencontre, l’échange et la construction d’un réseau de professionnel·x·les de l’art basé·x·es en France et en Suisse, lors de visites de lieux d’exposition (centres d’art, musées d’art contemporain, fonds régionaux d’art contemporain, artist-run-spaces et ateliers d’artistes). Cela permet ainsi d’avoir un aperçu incarné du monde professionnel de l’art dans son état actuel. 

4. Mémoire 

Le mémoire en Master Art / Monstre est un écrit de recherche au format non académique, initié dès le début de la 4ᵉ année. La recherche est une pratique artistique qui permet d’étudier et de remettre en question son positionnement individuel. Le mémoire est ici envisagé comme le moyen de rendre accessible cette recherche située, incarnée, affectée – ceci, à travers une multitude de formats d’écriture au sein desquels l’expérimentation est valorisée (texte, oralité, vidéo, diary, performance, enquête, poésie, chorégraphie, pratique sonore). Les étudiant·x·es acquièrent ainsi une méthodologie de travail opérante dès la sortie d’école. Un calendrier et un cadre sur mesure accompagne cet exercice : tutorats individuels, workshops d’introduction, temps d’immersion consacrés à l’écriture, résidences, mentorat, ateliers d’auto-édition. 

  • Partenaires 2025 : Association Villa Glovettes (Travée 16, 38250 Villard-de-Lans)

5. Workshops / Collaborations 

  • « La part manquante » – Workshop avec Nanténé Traoré
    Partant de la citation de Susan Sontag « to photograph is to frame, and to frame is to exclude », ce workshop invite 15 étudiant·x·es maximum à questionner non pas leurs œuvres finalisées, mais tout ce qu’iels ont choisi d’exclure, d’abandonner ou de considérer comme « annexe » durant leurs quatre années d’études à l’ESAAA. L’hypothèse est que nos choix de destruction sont aussi significatifs que nos choix de création, et que le cadrage de notre pratique artistique engage des positionnements politiques, économiques et identitaires souvent inconscients (insertion dans un marché, adresse à certains publics, reconnaissance institutionnelle, zone de confort).
    Le workshop propose d’explorer cette « vie hors champ » par un travail d’archives plastiques, d’écriture théorique ou de formes collaboratives, afin de comprendre ce qui structure nos hiérarchies de valeur et nos stratégies de visibilité. La restitution pourrait prendre la forme d’une mini-exposition dans les ateliers et d’un temps collectif de présentation orale. Toutes les formes de création sont bienvenues dans un espace où chacun·x·e peut librement interroger sa démarche.​​​​​​​​​​​​​​​​
  • « Unpacking the Politics of Sexiness » – Workshop avec Julien Ribeiro 
    Ce workshop propose une traversée critique de la notion de « sexiness » dans les pratiques artistiques contemporaines, à partir de la question provocatrice : « Faut-il rendre son travail sexy ? ». Il s’agit d’interroger les attentes de désirabilité, de surface et de séduction qui pèsent sur les artistes dans les champs de l’art, du design ou de la performance, et d’analyser comment ces injonctions normatives structurent les conditions de visibilité et de reconnaissance.
    En mobilisant des outils issus de la théorie critique, des études noires, queer et des esthétiques dissidentes (Bell Hooks, Theodor W. Adorno, Audre Lorde), le workshop explorera les usages politiques et affectifs de la « sexiness » : comme contrainte à séduire, mais aussi comme stratégie de réappropriation, de sabotage ou de visibilité minoritaire. Par l’arpentage de textes, l’étude de cas d’artistes contemporain·x·es, des discussions collectives et des expérimentations plastiques ou performatives, les participant·x·es seront invité·x·es à produire leurs propres réponses à cette injonction. La restitution prendra une forme fragmentaire, collective et critique, à inventer collectivement.​​​​​​​​​​​​​​​​

6. Cours / Séminaires 

  • Affect Reader
    Ce cours est une initiation à la théorie des affects, à travers la découverte de l’itinérance des sentiments, affects, émotions dans le processus créatif dès le milieu du XXe siècle. Poursuivant une sélection non-exhaustive, personnelle, de références artistiques et cinématographiques, ce module vise à donner une vision transhistorique et transculturelle de la présence de l’affect dans l’art. À ce titre, il se concentre sur les usages, les discours, les recours à l’affect dans la culture visuelle moderne et ultra-contemporaine et convoque les émotions comme vecteurs d’élocutions, voire d’émancipation. Au fil des séances, nous réaliserons un « reader » constitué de références artistiques et bibliographiques reliées aux études féministes, aux études de genre, aux études queer et aux études décoloniales. 
  • Pensées du décentrement
    Les participant·x·es à ce séminaire abordent des aspects importantsde l’actualité de la philosophie, des arts et des sciences, sous l’angle des problématiques de décentrement qui travaillent la pensée contemporaine. À propos par exemple de la crise écologique, de la relation au vivant, de la politique des identités, du développement de l’intelligence artificielle, des nouveaux régimes de l’image et des cultures numériques ou encore des hypothèses métaphysiques sur la réalité d’un monde qui n’a pas besoin d’humain·x·es, l’actualité de la pensée met en jeu une profonde crise de l’anthropocentrisme.
    Au-delà d’une illustration de thèmes ou de mots-clés comme celui d’Anthropocène, quelles formes de décentrements ou d’excentrements théoriques et pratiques peut-on voir s’opérer depuis le champ de l’art ?
  • Études / Lectures
    Construit à partir d’études et de lectures, ce cours a pour enjeu d’essayer de comprendre la séquence historique qui est la nôtre, en s’interrogeant sur la nature
  • des propositions formelles, conceptuelles ou militantes qui émergent.
  • Cinéma, de notre temps 
    Il s’agit d’une approche de l’enseignement du cinéma contemporain à travers des portraits de cinéastes filmé·x·es par d’autres cinéastes. Plus de 80 films ont été réalisés dans cette collection mythique de la télévision, dirigée par André S. Labarthe et Janine Bazin de 1964 à 2018. Rien de plus riche pour s’ouvrir aux questions liés au cinéma, à la direction d’acteur·x·ices, à la lumière, au montage, etc. que d’entendre des cinéastes en parler.
  • Bodies that speak English
    Ce cours propose un espace de travail à la fois individuel et collectif autour de l’énonciation d’une pensée artistique, politique et située, en anglais. Il s’adresse à tous·x·tes les étudiant·x·es, quel que soit leur rapport à la langue (débutant·x·es, bilingues, hésitant·x·es, mutiques), et accueille la multiplicité des registres, des accents, des silences et des tensions comme autant de forces à activer.
    L’anglais est abordé à la fois comme langue d’adresse (parler de son travail, se présenter, formuler une intention, répondre à une question) et comme un espace instable, traversé par des rapports de pouvoir, que nous choisissons d’habiter depuis le trouble, la marge, le frottement. Les participant·x·es inventent ensemble des outils de formulation, d’oralité, de mise en voix. Le groupe travaille aussi ce qui résiste : les hésitations, les blocages, les silences, l’émotion.
    Les étudiant·x·es traversent aussi des textes féministes et transféministes, décoloniaux, critiques – dans leur version originale, traduite ou à traduire ensemble. Traduire devient une manière de lire, de comprendre, de déplacer : une forme active de réécriture de notre rapport aux discours. L’objectif est de faire émerger des traductions vivantes, situées, traversées par les corps et les imaginaires.
    Le cours repose sur une approche collaborative du soin et de l’écoute. Chacun·x·e peut formuler ses propres manières de dire, à son rythme. L’objectif est de créer les conditions d’une parole incarnée, engagée, depuis là où l’on est, avec ses forces, ses ruptures, ses écarts et ses désirs.

Voyages d’étude et rencontres


Dans le projet du Master MONSTRE, la rencontre, la découverte d’activités, de modes de travail et d’organisation d’artistes occupent une place importante. Pour cela, les étudiant·x·es et les enseignant·x·es se déplacent dans les alentours d’Annecy, dans la région, ailleurs en France, mais aussi à l’international pour rencontrer des artistes, des lieux, des Artist-Run Spaces, des ateliers, etc. dont :


Coordination


Le Master ART MONSTRE à l’ESAAA est coordonné par un duo  artiste – curateur·x·trice, au sein d’une équipe pédagogique plus vaste.

Laurent Faulon

Né en 1969, Laurent Faulon développe un art d’interventions, fortement contextualisées. En une trentaine d’années, son travail s’est déplacé de la performance à la sculpture. Il conçoit des oeuvres qui entrent en résonance avec les caractéristiques architecturales, économiques ou sociales des lieux qui les accueillent. Sa pratique est basée sur l’analyse des conditions de production et d’exposition, et cherche à en reconfigurer les enjeux. Parallèlement à des expositions dans des institutions et des galeries, il collabore avec d’autres artistes, plasticien·x·nes et musicien·x·nes à la conception d’expositions, de résidences et d’événements artistiques autogérés. Ces projets investissent la plupart du temps des non-lieux (terrains vagues, chantiers, bureaux, usines, commerces ou logements désaffectés…), rendus ainsi temporairement publics.

Julien Ribeiro

Julien Ribeiro est enseignant en théorie de l’art à l’ESAAA – École supérieure d’art Annecy Alpes, où il assure également les missions de référent handicap. Anthropologue de formation et curateur indépendant, il a fondé et dirigé Lavoir Public à Lyon (2011-2016), espace dédié à l’expérimentation artistique et à la critique institutionnelle.

Auteur de Pédés (Éditions Points) et actuellement en écriture de Pensées Fracturées, ses recherches croisent études queer, archives HIV/sida et esthétiques de la justice restaurative. Son travail interroge les formes de violence symbolique dans les institutions culturelles et les manières dont celles-ci extraient et instrumentalisent les récits des artistes.

Attentif aux pédagogies du care et aux savoirs situés, il développe des approches critiques qui placent l’accessibilité, la réparation et les processus collectifs au cœur de sa pratique curatoriale et enseignante.


Pour aller plus loin



Autour de l’ESAAA



Images :

1. DNSEP 2024 : Répétition – rehearsal. Wendy Jordao-Castro & Lynn Caroff.  © ESAAA.
2. WORKSHOP. « Si nous pouvions desirer quelque chose. » avec l’artiste invitée Dora Garcia. © ESAAA.
3. PROFESSIONNALISATION. Rencontre avec l’équipe curatoriale de l’IAC : Institut d’art contemporain Villeurbanne Rhône-Alpes. © ESAAA.
4. ZONES MONSTRE. Restitution annuelle de « Lake Studies » par les étudiant∙x∙es-artistes et Arlène Berceliot-Courtin. © ESAAA.
5. DNSEP 2024 : Performance « Hack the body ». Yuqing Xiao. © ESAAA.
6. WORKSHOP. « Détours souterrains », au centre d’art La Becque, Suisse, avec l’artiste invité·e Ife Day. © ESAAA.
7. PROFESSIONNALISATION. Voyage d’études à Amsterdam, photo prise devant P/////AKT – Pakhuis Wilhelmina. © ESAAA.
8. WORKSHOP. « Transitions réalités » avec les artistes invité·x∙es Dread Scott et Jenny Polak, collaboration entre l’ESAAA et l’ENSA Grenoble.
9. ZONES MONSTRE. Restitution de « La Vie Pratique » par les étudiant∙x∙es-artistes et Laurent Faulon, à l’espace Topik, Genève, Suisse. © ESAAA.
10. PROFESSIONNALISATION. Voyage d’études à Paris, photo prise devant la Fondation Pernod-Ricard, avec l’exposition « All messages are emotional », dans le cadre du 25e Prix Fondation Pernod Ricard, exposition curatée par Arlène Berceliot-Courtin. © ESAAA.
11. WORKSHOP. « Pirating the family portrait » avec l’artiste invitée Yvelizra. © ESAAA.
12. PROFESSIONNALISATION. Voyage d’études à Amsterdam, photo prise à Framer/Framed. © ESAAA.
13. PROFESSIONNALISATION. Rencontre avec l’équipe curatoriale du MAH: Musée d’art et d’histoire de la ville de Genève. © ESAAA.
14. PROFESSIONNALISATION. Rencontre avec Danaé Panchaud, directrice du Centre de la photographie de la ville de Genève. © ESAAA.