Anaëlle Bernard
DNSEP Design, 2024 - 2025
- Mention
« La ferme Mont Chauvet »
– Installation textile, photographique et sonore
« Mon travail s’enracine dans la ferme familiale de mes grands-parents, au cœur de la région du Beaumont, en Isère. C’est là, parmi les gestes répétés, les mots en patois et les traces laissées par les générations, que s’est ouverte une réflexion sur ce qui se transmet, ce qui s’efface et ce qui résiste.
Je collecte des fragments — archives familiales, voix enregistrées, objets agricoles, matières du terrain — pour faire émerger une micro-histoire sensible. J’explore comment un territoire rural façonne les corps et les récits, et comment ces traces deviennent installations textiles, photographiques et sonores.
L’installation se déploie comme une traversée.
À l’entrée, des bottes et des bâtons marquent le passage de l’extérieur vers l’intérieur, de la ferme vers la maison.
Ces objets portent des micro-gestes du quotidien, des rituels simples, silencieux, qui rythment la vie à la ferme.
Des photographies de famille et un montage sonore, composé de conversations avec mes proches et issu de mon mémoire, accueillent le visiteur, comme des voix encore présentes.
Plus loin, une broderie du saule pleureur, arbre emblématique du lieu, accompagnée de poèmes et d’un chant en patois, invite à prolonger la mémoire des voix, à les laisser résonner.
Deux gilets — l’un noué, l’autre tissé — incarnent les savoir-faire agricoles et les gestes transmis. Réalisés à la main à partir de matériaux bruts collectés à la ferme — foin, ficelle, bois — ils s’inscrivent dans un paysage sensible, où chaque élément devient fragment du récit familial.
Le jury est accueilli comme à la ferme.
La présentation se conclut par un moment partagé, autour d’une dégustation de la Pogne de Taillons, spécialité de mon village. »
— Porté par des références telles que les œuvres de Madeleine de Sinéty et Raymond Depardon, pour leur regard documentaire sur le monde paysan ; les récits de Marion Fayolle (Du même bois) et la thèse de Nina Ferrer-Gleize (L’agriculture comme écriture), qui font dialoguer mémoire, territoire et narration ; ou encore le film La ferme des Bertrand de Gilles Perret, pour la justesse de son évocation de la transmission rurale.
Poèmes en patois de La Mure (Isère), interprétés en chant.
Ce lieu
Dins cet endrèt, mi sèn bèn. Dins cet endrèt, mi sèn en segurança.
Una pausa dins la couraïa dó tèms.
Lai-bas, tout es bèou, vèrd, l’èr es pur.
Li païsages son entourats d’òdeu de bòs, d’erbas freschas e umidas.
Quora li àrbes se balançon, lo vent entra. Faut mié un manteu caud e contunhar sa jornada.
L’Arbre
Petita brinchéta,
Ki s’lèva, s’lança,
S’estira pè dévèn
Lo saut plorou.
La biso s’lèva,
Fé dansa sès foiye,
Dan onna douce mélodia.
Onna onbro grimpa
Cout su sè brantse,
Djéu dan on roumiâ de felin.
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Images :
1. Vannerie de la ferme.
2. Entrée.
3. Archives sonores et photographiques.
4. Aperçu du mémoire : « La ferme DU MONT CHAUVET et ses générations ».
5. Broderie « Lo arbro ».
6. Gilets paysans.
7. Échange convivial à table.
Crédits photo : Christophe Odon, Philippe Thaize et Anaëlle Bernard / Post-traitement : Mélanie Remaud et ESAAA