Recherche : journées d’études / HACKTINOMY – Narratifs divergents, écotechnotransféminisme

du mardi au jeudi
ESAAA – bâtiments M et F : 50 et 52 bis, rue des Marquisats, 74000 Annecy


  • Journée d’études de l’Unité de Recherche de l’ESAAA, organisée par Lorca Devanne-Langlais, artiste-chercheurx en DSRA.

L’ESAAA invite étudiant·x·es, artistes et chercheur·x·ses à des journées d’études et d’échanges, réunies sous le titre HACKTINOMY. Il s’agit d’un temps d’exploration collective autour des pratiques de création hybrides, du hacking technologique et des formes de transmission alternatives. À la croisée des écologies critiques, des technopolitiques, du transféminisme et des récits situés, cet événement réunit pratiques expérimentales et interventions pour interroger, par le faire et l’échange, de nouvelles manières de produire des savoirs et des imaginaires collectifs.


HACKTINOMY –  Narratifs divergents, écotechnotransféminisme.
Argument


hACktinomy-ces, c’est comme une bactérie qu’on a d’abord pris pour un champignon, un amas filandreux qui se déploie de manière chaotique et inharmonieuse. La pertinence de cette appropriation biologique pourrait être interrogée mais sa forme esthétique est plutôt plaisante à envisager et peut avoir une utilisé étymologique (à la recherche d’une « autonomy » et « -nomy » qui permettent de questionner les « lois naturelles et les méthodes » et de rejoindre le « tekne » de « technologies »).

Dans le cadre de son parcours en DSRA à l’ESAAA, Lorca Devanne Langlais a souhaité axer sa recherche sur la création en collectif et le bidouillage (détournement ou hacking) des technologies. Son parcours personnel des deux dernières années l’a amené·x à s’intéresser plus particulièrement aux collectifs en mixité choisie queer et aux groupes militants écologistes et technocritiques.
L’artiste a profité de la porosité de ces milieux et de celui de la création pour participer à différents événements et acquérir de nouvelles connaissances. Lorca a compris que sa manière de faire de l’art était proche de la manière dont un certain nombre de personnes se transmettent des informations, des savoirs techniques, des stratégies de détournement et de résistance. Ces manières de faire lui ont permis de découvrir aussi des formes de création, des imaginaires riches et des temps de réflexion collective très investis.

L’intention derrière ces journées de recherche est d’explorer plusieurs sujets – à travers la pratique et l’expérimentation dans un premier temps, puis en s’appuyant sur la parole de quatre intervenant·x·es, réuni·x·es pour une journée d’échanges. Chacun·x·e développe une pratique résolument hybride, qui pourrait être une forme de hacking. Vecteurs de curiosité, ces recherches représentent des points d’intérêt spécifiques au sein de la recherche actuelle de Lorca Devanne Langlais, et permettront d’approfondir une bifurcation, un « hacktinôme », à partir de récits et d’histoires (vraies).

Au croisement de références hétérogènes, fusionnant écologies (déviantes), technopolice (critique) transféminisme (divergent) et narratifs (alternatifs), l’invention de « Hacktinomy » ambitionne de déjouer la tentation des mots-valises creux ou, au contraire, saturés de sens.


Déroulé et liant


  • Queer art of failure et mal.adresse : Les participant·x·es commenceront par faire ensemble ; le groupe expérimentera par le jeu et par des formes en fabrication. Dans un premier temps, chacun·x·e s’outillera et en proposera des récits modulaires et multiples, pour le soumettre ensuite à un crash test et la rencontre avec les autres. Avec Leslie Astier, le groupe analysera les incohérences de ces narratifs et s’interrogera sur leur intérêt du point de vue politique. 
  • Écologie et technocritique vont de pair, l’une affectant l’autre de manière substantielle aujourd’hui.
  • Comprendre les technos, les contre-utiliser : Félix Tréguer partagera connaissances et compréhension des systèmes de surveillance, de domination technologique. Il s’agira de comprendre comment l’enquête devient aussi un outil de lutte et d’autodéfense.
  • Les récits alternatifs : Marie-Laure Cazin reviendra sur la construction de récits alternatifs dans un cadre de création de formes et de pensées, en intégrant le·la·læ spectateur·x·ice et sa perception dans la forme / le narratif lui-même.

Programme


  • Les descriptifs détaillés de chaque intervention sont disponibles dans la section « Les intervenant·x·es et leurs interventions ».

Mardi 3.02.2026

  • Bibliothèque (ESAAA – bâtiment F)
    – Présentation de la sélection d’ouvrages et goûter. Plus d’informations à venir

Mercredi 4.02.2026

  • ESAAA lab (ESAAA – bâtiment M)
    – 9h30 : accueil / café
    – 10h-12h : Mini-GameJam pour un groupe de 10-15 étudiant·x·es : fabrication d’un petit jeu vidéo à partir des indications de Lorca Devanne Langlais. Veuillez cliquer ici pour vous inscrire.
    – 12h30-14h : Pause repas
    – 14h-16h : Le récit en crise inflammatoire, présentation de Leslie Astier, suivie d’un playtest ouvert à tous·x·tes.
    – 16h : Temps informel d’échanges et de travail. Installations et crash tests collectifs

Jeudi 5.02.2026

  • Salle de cours Sud / Salle de conférence FFS (ESAAA – bâtiment F)
    – 9h : Accueil / café
    – 9h30-10h45 : Du propre au sale, penser les écologies déviantes face aux hygiénismes contemporains – Conférence de Cy Lecerf Maulpoix, chercheur, auteur et enseignant aux Beaux-Arts de Marseille
    – 10h45 : Pause / entracte
    – 11h-12h30 : Cinéma émotif et Emotive VR Cinema, narrations neuro-interactives qui varient avec les émotions des spectateur·x·ices Conférence de Marie-Laure Cazin, docteure, artiste chercheuse autour du « Cinéma émotif » (cinéma / neurosciences), enseignante à TALM
  • Garage (ESAAA – bâtiment F)
    – 12h30-14h30 : Repas proposé par la F.A.De. (association d’étudiant·x·es « Fondation à Définir »). Restitution / discussions autour du GameJam. 
  • Salle de cours Sud / Salle de conférence FFS (ESAAA – bâtiment F)
    – 14h30-15h45 : Hacking the Technopolice?! Faire face à la dérive techno-sécuritaire –Conférence de Félix Tréguer, chercheur en histoire politique de l’internet, militant, membre de la Quadrature du net, auteur de Technopolice

Les intervenant·x·es et leurs interventions


Leslie Astier

Leslie Astier travaille le jeu comme outil de recherche, d’enquête critique et d’expérimentation. Iel s’intéresse aux nouveaux récits, à leurs formes et à leurs conditions d’apparition. Depuis 2020, Leslie co-organise le Pang Pang Club, groupe de créateurixes d’artefacts jouables, poétiques et politiques. Iel enseigne à l’ESAAix depuis 2022 et est rattachæ au laboratoire Locus Sonus Vitae.

  • Intervention : Le récit entre en crise inflammation
    Sous forme de session de jeu à narration partagée, le groupe partira à la recherche de l’immunité du récit, de ses fonctionnements et des déclencheurs qui l’activent. En improvisation, en soutien, en soin, en présence, les participant·x·es étudieront comment le jeu peut cripper* le récit pour lui permettre de dire ce·lleux que l’on cache.
    En travaillant autour de la notion de trigger, il s’agira d’écrire des manières dont le récit peut manifester, raconter ses douleurs et ses inconforts, sans les excuser, ni les camoufler.
    L’inflammation viendra questionner, alerter, gonfler, tirailler, essayer de faire sortir / réparer, étirer, brûler, démanger, réagir, « dolorer » ce que le récit fait entrer dans les imaginaires et innoculer / encourager ce que les imaginaires demandent au récit.
    Dans cette recherche, le groupe partira du principe que le récit est une technologie qui peut maintenir, invisibiliser, tenir à l’écart. L’inflammation est le moment où le récit entrera en crise.
    *Le terme « crip » est une contraction du mot anglais « crippled » (trad. : estropié, boiteux, invalide) qui a fait l’objet d’une réappropriation, à l’image du terme queer. Les études crips, à la croisée des disabilty studies et des queers studies, questionnent les normes validistes qui marginalisent les corps et les cognitions handi·es.

Marie-Laure Cazin

Marie-Laure Cazin est artiste, cinéaste, chercheuse et enseignante à l’école Supérieure d’Art et de Design TALM-Le Mans, membre de l’Enactive Virtuality lab, Tallinn university, Estonie.

Ses œuvres filmiques et photographiques ont été exposées en France et à l’international dans de nombreuses galeries et musées depuis 1996, comme le Centre Pompidou, l’Espace Paul Ricard, le Ludwig Forum Museum, la Deweer Art Gallery, Belgique, la Kunsthalle de Bâle, le festival Laval Virtual et dans des festivals internationaux comme celui de Locarno et la Mostra de Sao Paulo. Depuis 2002, ses projets sont centrés sur la création de dispositifs cinématographiques innovants, interactifs et VR, qui intègrent les outils des neurosciences, comme Le cinéma émotif et Emotive VR Cinema

Elle mène également un travail de recherche sur les interactions émotionnelles : Freud last Hypnosis, Emotion driven interactions, pour lequel elle a reçu une bourse post-doctorale européenne, Mobilitas Pluss, ETAG, Tallinn University (2021-2022). Docteure en Art et Sciences de l’Art, elle a soutenu sa thèse en janvier 2020 à l’université d’Aix-Marseille, intitulée Cinéma et neurosciences, du Cinéma Emotif à Emotive VR.

  • Intervention : Cinéma émotif et Emotive VR Cinema, narrations neuro-interactives qui varient avec les émotions des spectateur·x·ices
    Seront abordés les enjeux de la fiction interactive, en particulier dans les projets Cinéma émotif et Emotive VR Cinema, où la part de la réception des spectateur·x·ices influe sur les variantes de la narration.

Cy Lecerf Maulpoix

Cy Lecerf Maulpoix est enseignant à l’école des Beaux-Arts de Marseille, chercheur-doctorant en anthropologie à l’EHESS, auteur et traducteur. Il a récemment participé avec Emma Bigé à l’ouvrage collectif dirigé par Jérôme Baschet et Laurent Jean Pierrre, Mondes Postcapitalistes (La Découverte, 2026) et a traduit l’autobiographie de l’écosocialiste Edward Carpenter (Le Pommier, 2025). Il travaille à présent sur la notion d’abjection et d’hygiénisme au sein de l’histoire de l’écologie. 

  • Intervention : Du propre au sale, penser les écologies déviantes face aux hygiénismes contemporains
    Depuis le 19e siècle, une généalogie de militant·x·es, de théoricien·x·nes et d’artistes s’attachent à repenser la critique de l’industrialisation, le retour à la nature, la décroissance et le soin, dans les marges du socialisme et de l’écologie politique. Bousculant souvent les imaginaires hygiénistes de leurs contemporains, iels nous proposent d’autres voies sensibles, d’autres visions des corps et relations écologiques afin d’affronter l’urgence de la destruction en régime capitaliste. Depuis l’expérience même de la ruine et du stigmate de l’impureté.

Félix Tréguer 


Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association de défense des droits humains dans le contexte d’informatisation. Ses recherches en sciences humaines et sociales portent sur les enjeux politiques de l’informatique, notamment sur la transformation numérique de l’État et de pratiques de pouvoir comme la censure ou la surveillance. Inspiré des approches foucaldiennes, son travail cherche à éclairer la manière dont les technologies numériques reconfigurent la gouvernementalité libérale.

  • Intervention : Hacking the Technopolice?! Faire face à la dérive techno-sécuritaire
    Félix Tréguer reviendra sur la campagne d’enquête-action « Technopolice » lancée en 2019 par La Quadrature du Net pour résister aux nouvelles technologies de surveillance policière : drones, police prédictive, reconnaissance faciale et autres vidéosurveillances automatisées. Quels sont les succès rencontrés par cette initiative ? Qu’a-t-elle révélé ? Quelles sont ses limites et sur quoi a-t-elle achoppé ? Peut-on encore alerter sur la surveillance policière sans se heurter à l’indifférence ?
    Il s’agira d’aborder ces questions en tâchant de penser les enjeux épistémologiques et méthodologiques d’une recherche engagée en ces temps marquées par des processus de fascisation.

Images :
1 et 2 : HACKTINOMY – crédits : Lorca Devanne Langlais
3. Portrait de Leslie Astier – crédits : Alice Joanest

4. Clovis Maillet – « Merlin transcerf à la table de Jules César » – crédits : BNF
5. Marie-Laure Cazin – « Splitscreen », image de bifurcation dans le film neuro-interactif « Mademoiselle Paradis », pour le dispositif du Cinéma émotif.