Diplômé·x·es / Cueillir la Reine : Lola Laville, en résidence d’artiste dans le réseau Altitudes

du lundi au mardi
Sion (Suisse) et ailleurs sur le territoire alpin



Pour les 10 ans du réseau Altitudes dont l’ESAAA fait partie, une résidence itinérante transfrontalière d’un nouveau format, conçue conjointement avec le Musée d’art du Valais à Sion (Suisse), invite les artistes à explorer et à interroger le territoire alpin, soulignant la spécificité de cet espace partagé. La lauréate de cet appel à candidatures pour 2026-2027 est Lola Laville, artiste diplômée de l’ESAAA (DNSEP Design, 2018).

  • Première étape de la résidence : 27.07-27.08.2026, au Musée d’art du Valais à Sion (Suisse).
  • Deuxième étape : octobre-novembre 2026, au sein du réseau Altitudes, en France.
  • Troisième étape et restitution : printemps 2027.

Cueillir la Reine : résidence itinérante de Lola Laville en territoire alpin – 2026-2027 (réseau Altitudes)


« Sur le terrain et à travers des expériences partagées, je mène une recherche sur les formes de connexion entre les êtres et leur environnement. Je porte une attention particulière aux vaches, pour lesquelles j’éprouve un attachement profond. Cette espèce peuple densément le département du Doubs, où j’ai grandi.

La perspective d’un travail sur le territoire alpin, avec une attention particulière pour le territoire valaisan, m’oriente vers l’étude de la vache d’Hérens. La masse d’informations la concernant est vertigineuse. Cette espèce autochtone ancestrale est devenue l’entité territoriale du Valais. Au-delà de son rôle central dans l’agriculture alpine, il est souvent rapporté qu’elle occupait, et occupe encore, une place singulière, considérée comme un membre de la famille. Les humains entretiennent une tradition fondée sur son aptitude naturelle à combattre, notamment lors de la mise à l’herbe au printemps et lors du mélange des troupeaux en alpage. Lors de ces affrontements, les vaches réorganisent leurs positions hiérarchiques et maintiennent ainsi la cohésion du groupe. La vache dominante s’assure régulièrement que personne ne conteste sa légitimité en faisant le tour de chacune. Elle peut ainsi, après avoir démontré sa puissance, faire l’étalage de son intelligence pour conduire le troupeau.

Aux prémices de cette coutume, les éleveurs laissaient les bêtes procéder elles-mêmes à l’élection de leur souveraine sur le chemin des alpages et s’amusaient à deviner la gagnante. Elle sera nommée reine de l’alpage. En être le propriétaire va au-delà de la fierté personnelle : on acquière le respect d’autrui et même parfois une certaine influence politique. La tradition devenue d’abord une fête, n’a cessé de prendre de l’ampleur : des combats sont organisés à titre d’évènements officiels, filmés, projetés au cinéma dans les villages, puis à partir de 1998, diffusés à la télévision. Aujourd’hui, certains éleveurs se consacrent avant tout à cette activité et certaines reines sont proclamées « légendaires ». (…)

Alors, c’est l’engouement général pour cette espèce de vache qui devient le carburant de mon intention artistique. Et particulièrement l’engouement qui existe pour celles qui sont nommées reines. Qu’est-ce qui rend ces vaches si spéciales ? Que reste-t-il au-delà des combats ? Comment certaines figures émergent-elles, au sein d’un groupe, comme singulières et dignes d’attention ? Ce phénomène me pousse à aller au plus près de ces bovines. Aller gratter leurs identités pures, me rapprocher au plus près de leurs essences et enfin comprendre leurs manières d’être au monde (…). »
(Extraits de la note d’intention de Lola Laville en réponse à l’appel à candidatures pour la résidence itinérante 2026-2027 du réseau Altitudes)


Lola Laville – Biographie


– artiste diplômée de l’ESAAA (DNSEP Design, 2018)

En abordant des formes qui font écho à la présence d’individus sur leurs territoires, Lola Laville projette des trajectoires de présences animales – humains compris – qui auraient à voir avec une sensibilité sauvage. À travers des expériences partagées, elle cherche à comprendre les modes de connexion entre les êtres et leur environnement. Le désir majeur qui émerge de ce processus est celui de se rapprocher. De cette manière, elle se lie actuellement aux chèvres sauvages des massifs au nord de Marseille, aux génisses et aux éleveur·x·ses de la Prétière (Doubs), aux habitant·x·es de Valaurie et de Réauville (Drôme) ou au crapaud du Parc Longchamp (Marseille). Ses formes sculpturales, photographiques et orales sont de l’ordre de la mise en récit dans un espace et un temps spécifiques.


Le Réseau Altitudes – art contemporain en milieu alpin


Le réseau Altitudes – art contemporain en milieu alpin s’inscrit dans l’histoire et la continuité des réseaux départementaux initiés et mis en œuvre depuis les années 2000 en Haute-Savoie pour valoriser les actions en faveur de l’art contemporain. Créé en 2016, directement hérité du REDAC (réseau départemental d’art contemporain) – impulsé et mis en œuvre au sein du département de Haute-Savoie à partir de 2008, Altitudes a pour ambition de continuer de soutenir l’activité telle que par le passé, mais aussi de poursuivre et d’étendre le réseau et ses actions.

Constitué en association loi 1901, Altitudes regroupe au moment de sa fondation les structures haut-savoyardes de l’art contemporain ayant des missions de diffusion, d’enseignement, de formation, d’expérimentation et qui faisaient précédemment parti du REDAC. Altitudes a pour objet de valoriser leur programmation et de les fédérer en vue d’actions communes dans un objectif de structuration du territoire alpin autour de l’art contemporain et de son accessibilité au plus grand nombre.

L’enjeu de ce réseau est de créer une forte identité alpine autour de l’art contemporain : en mettant en valeur le rôle social, éducatif et émancipateur de l’art contemporain, à l’image des actions des membres du réseau ; en privilégiant des actions fédératrices orientées sur les spécificités territoriales en lien avec le tourisme et l’écosystème savoyard.

Le réseau Altitudes ne se substitue en aucun cas aux programmations des structures et les ressources financières du réseau sont donc dissociées des ressources budgétaires de chacun des lieux qui y adhère. Le réseau reçoit le soutien du Département de la Haute Savoie.


L’ESAAA est membre du Réseau Altitudes.


Images :

1. Lola Laville – « Les Génisses » (2023). Vue d’exposition, « La Maison D’en Face », La Prétière (25). 1 parcours commenté, 5 tirages photographiques marouflés sur bois 185 x 140cm, 2 paires de jumelles, des vaches, des prés. Matériaux : encre sur dos bleu, bois, métal. Crédit photo : Léo Baudy
2. Lola Laville – « Les baigneurs » (2023). Vue d’exposition, «Quelque chose sous la terre », L’AFIAC, Magrin (81). 1 parcours commenté, 3 ensembles de sculptures, 3 cochons, 1 chute d’eau, 1 gouti, les chants d’oiseaux. Matériaux : terre, paille, bois, eau.Crédit photo : Léo Baudy