Sébastien Vanhulst


DNA Art, 2021 - 2022


« J’envisage la production de formes comme des circuits dans lesquels l’objet rend compte des différents cycles de sa vie depuis notre rencontre. Il s’agit pour moi de favoriser un art processuel dans lequel la place de l’objet-œuvre au moment de son exposition est (figé ou montré) dans un état, mais ce n’est qu’une pause, une étape dans son circuit et dans notre propre évolution.

 La prise en charge d’objets laissés pour compte et leurs revalorisations, non pas en tant qu’objets recyclés au service de l’homme mais en tant que supports qui conserveraient leurs intégrités (et leurs histoires) font partie des enjeux mis en œuvre. Je souhaite témoigner par l’extraction, le prélèvement de matières et matériaux, puis par leur assemblage et exposition, d’un attachement particulier. Celui de reproduire des gestes intemporels et presque organiques qui traduisent des objectifs inhérents à la condition humaine et de son écosystème. Les éléments que je récupère sont stockés en atelier où ils commencent à s’accumuler, à communiquer entre eux et à se définir selon leur matière, leur forme, couleurs, ou l’affect qu’ils produisent.

Les formes que je produis survolent naïvement et intuitivement des questions de répartition des masses, proportions, translucidité, directions et points de vue. J’aime travailler grossièrement, à mesure que je tourne autour ; comme appelé par une force centrifuge, je me rapproche de détails, je fignole. Cette alternance de mouvements amples et approximatifs, sur les éléments les plus importants, puis concis et précis dans la finalisation me permet de laisser à l’objet l’occasion de prendre sa propre place puis de « prendre soin » de lui.

Assembler des objets reconnaissables, issus d’un univers humain, tout en postulant un système dans lequel ces objets auraient une autre vie, c’est explorer la contingence des déterminismes actuels afin de proposer d’autres possibles. Présenter une pièce, un assemblage, c’est témoigner d’un dialogue dans lequel les objets laissent peu de place à la maîtrise. Par sa forme, son matériau, son poids, il détermine mes gestes et actions. Nos différents rapports de force induisent des résistances, de la consilience et de la résilience. »