Projet «Effondrement des Alpes»



Le réchauffement climatique dans les Alpes provoque la fonte du permafrost, ciment de glace qui maintient la cohésion des falaises d’altitude, et, depuis quelques années, il s’ensuit de spectaculaires effondrements rocheux par dizaines – bientôt par centaines.

Or, les effondrements désorganisent les itinéraires tracés en montagne, ils menacent les pratiques outdoor, posent d’évidents problèmes de sécurité et provoquent l’effroi de celles et ceux qui, soudain, comprennent l’importance du changement climatique. Pour autant, ces phénomènes extrêmes doivent-ils s’appréhender uniquement comme des catastrophes ? Le projet EdA (pour « Effondrement des Alpes – inventer un nouveau patrimoine ») propose de travailler sur cet objet contemporain avec des créateur·trice·s (artistes, designers, architectes…) et des chercheur·se·s (géologues, anthropologues, philosophes, historien·ne·s, etc.) pour produire des œuvres, des récits et des événements qui le ferait apparaître comme un nouveau patrimoine : l’effondrement devient un objet dont on hérite et avec lequel on apprend à vivre.

À partir de lui, il s’agit dorénavant de raconter des histoires, montrer des images, organiser des gestes et de nouvelles pratiques.


Les axes de recherche


Financé par l’Europe dans le cadre du Programme Interreg France-Suisse, ce projet porté par l’ESAAA avec le CPG – Centre de la photographie Genève rassemble plusieurs partenaires pendant trois ans et permet la mise en place d’un véritable laboratoire artistique des mutations du monde. Son activité irrigue l’ESAAA et les étudiant·e·s s’emparent des sujets travaillés tout au long de journées d’études, expositions, séminaires, travail sur site, etc.

EdA est un programme de recherche transversal inscrit au cœur de l’école, mobilisant des étudiant·e·s, des artistes et chercheur·se·s inscrit·e·s en DSRA, des enseignant·e·s, artistes, designers, théoricien·ne·s , et autres praticiens et praticiennes de la recherche en art à l’ESAAA.

Le point de départ de cette recherche (le réchauffement climatique qui dans les Alpes provoque la fonte du permafrost) lance une aventure collective qui multiplie les approches : art, ethnologie, architecture, géomorphologie, cinéma, design, géographie, alpinisme, collapsologie, droit, économie…

EdA, c’est donc un processus de création qui se déroule sur trois années (2018-2021), fonctionnant projet après projet, inventé au fur et à mesure de l’avancée du programme, construit pour et avec les partenaires et les territoires où se situe le travail en cours.

L’effondrement des Alpes met au travail quatre questions principales:

1. Quelles formes prennent les déplacements de masses rocheuses ?

Falaises devenant des rivières de pierre et autres phénomènes naturels, masses solides devenant liquides, carrières à ciel ouvert, travaux d’aménagement de la montagne (tunnels, routes, pistes de ski), mines oubliées, creusées dans les montagnes… Les mouvements des pierres dans les Alpes proviennent de multiples forces, gestes et technologies, avec ou sans l’action de l’homme, et EdA propose de les étudier en détail pour caractériser, du point de vue de l’art, les spécificités des effondrements, dans les Alpes et dans nos têtes.

2. Quelles productions déjà existantes sur le sujet peuvent être redistribuées grâce à l’art ?

Quelles sont les représentations déjà disponibles ? Documentation scientifique, photographies, récits littéraires, sciences participatives, mais aussi vidéos amateurs, archives personnelles, films catastrophes, journaux télévisés, etc. – l’effondrement existe déjà dans l’espace culturel et scientifique, le grand public en a déjà une représentation plus ou moins élaborée, plus ou moins effrayante, et il s’agit de s’en ressaisir depuis le champ de l’art pour penser la suite.

3. Qu’est-ce que la mémoire, qu’est-ce qu’un patrimoine et que sont les différentes échelles de temps au regard des Alpes ?

Faut-il penser les montagnes depuis et avec les montagnes, sans anthropocentrisme ? Faut-il regarder les histoires, les récits, les légendes, mais aussi l’entropie des montagnes comme celle des autres constructions en pierre du passé (comparer les Alpes aux temples, églises, sanctuaires ou châteaux d’autrefois, mais aussi aux grottes ornées qui, comme des falaises en creux, ont-elles aussi traversé le temps) ? Quels sont les processus de patrimonialisation à mettre en œuvre pour regarder les effondrements comme des héritages adressés au temps futur ?

4. Comment se tient l’Homme dans les effondrements et plus largement dans les mondes en mouvement ?

Que construit-il et comment le fait-il ? Quelles architectures, quels objets, quels gestes produit-il ? Il s’agit de réaliser un inventaire de l’existant et de produire pour soutenir un imaginaire du mouvement et lancer des processus orientés vers l’après.

Ces quatre axes de questionnement sont travaillés pendant les trois années, et chaque année, les curateurs du CPG feront équipe avec les artistes chercheur·e·s de l’ESAAA pour à la fois organiser des séminaires et colloques, mais aussi pour travailler en atelier et fabriquer des œuvres, des prototypes d’aménagement et autres objets relevant du design ou de la micro-architecture. Le CPG comme l’ESAAA vont mobiliser des partenaires tout au long du programme, sollicitant tel ou tel partenaire en fonction de l’objet, la question ou le territoire travaillés.


Les Ambassadrices


Avec des scientifiques et de multiples concerné·e·s, des artistes observent la fonte du permafrost qui cimente les falaises d’altitude, entraînant des spectaculaires écroulements rocheux… Alors, partant de la morphologie des paysages, depuis ces Alpes laboratoire du changement climatique (+2° depuis le début du 20e siècle), EdA vise la construction d’un imaginaire renouvelé. La montagne ne sera plus blanche, mais verte. Elle ne sera plus un refuge, mais un « point chaud ». Il faut donc d’ores et déjà apprendre à habiter, cultiver, se déplacer et faire société autrement.

« Les Ambassadrices » est une structure de production (locale) et de diffusion (globale) d’œuvres, de films et de récits, bénéficiant d’un financement de la part de la Fondation Daniel & Nina Carasso. Ces productions sauront porter la voix de EdA dans des manifestations artistiques internationales : les Alpes sont un patrimoine commun, la mutation qui s’y opère doit être partagée.


Inventer un nouveau patrimoine.
2019-2020 : Le Val d’Arly


Les différents événements climatiques et géologiques survenus les années passées dans l’Arly transforment le paysage et les usages de la montagne. Apportant son soutien au projet EdA, en 2019-2020 la Ville d’Ugine a convié des étudiant∙e∙s artistes et designers de l’ESAAA à mener un travail d’observation et de création autour du Val d’Arly et de la fermeture de la Route des Gorges. Plusieurs actions pédagogiques et restitutions en sont le resultat.


Événements organisés dans le cadre d’EdA



Événements à venir


Événements et expositions de la plateforme de recherche EdA :

  • 24.09.2020 : lancement du Premier journal « Effondrement des Alpes » – ESAAA (Annecy)
  • 14.01-14.02.2021 : participation des chercheur·se·s-artistes en DSRA à l’ESAAA à l’exposition « Galerie des futurs »; exposition inaugurée le 7.10.2020, programmation jusqu’au 18.04.2021 – BOZAR (Bruxelles, Belgique)
  • avril 2021 : exposition « Effondrement des Alpes » intégrée à la Biennale Internationale Design de Saint-Étienne
  • 7.05-18.07.2021 : exposition « Effondrement des Alpes » – macLYON (Lyon)
  • hiver 2021-2022 : exposition « Effondrement des Alpes » – Triennale de la Photographie (Genève)

En pratique, l’activité de l’EdA se développe au fil de plusieurs actions et dispositifs, pendant trois ans :

  • un atelier de recherche et de production (expositions, publications, aménagements de site, etc.)
  • 3 expositions au CPG à Genève + 6 déclinaisons de ces expositions dans le réseau Altitudes, côté français
  • 3 colloques/événements
  • 1 séminaire de recherche bi-mensuel pendant trois ans (soit 18 séances de travail entre artistes, designers, scientifiques et autres concerné·e·s, organisées en alternance à Genève et à Annecy)
  • la production de 4 « projets situées », de nouveaux « produits touristiques culturels » et « produits touristiques naturels »
  • 1 site web, véritable archive de l’ensemble du projet
  • 4 livres « guides » pour mieux vivre dans l’époque de l’effondrement et du mouvement des pierres.

Des acteurs d’horizons variés


Autour du projet EdA se réunissent des artistes, des spécialistes de ce qui est travaillé, des acteurs déjà mobilisés sur les sujets abordés, ou encore des concerné·e·s, localement, par la question de « l’effondrement », dont : le Laboratoire Edytem (Université Savoie Mont-Blanc), CREA Mont-Blanc, l’UNIGE (Université de Genève) et son département Géographie et Environnement, le MEG (Musée d’Ethnographie de Genève), la Ville de Genève, la Ville d’Ugine, Fondation FACIM, la Presqu’île de l’imaginaire, Altitudes – Réseau d’art contemporain en territoire alpin, le Musée des Beaux-Arts de Chambéry, BOZAR – Palais de Beaux-Arts (Bruxelles), Rotor Deconstruction (Bruxelles), Le MAC Lyon, le MAGASIN des Horizons, réseau des Humanités Environnementales, POW (Protect Our Winters), la Compagnie des Alpes, …


Un projet mené conjointement par :


Le volet recherche du projet « Effondrement des Alpes » est soutenu par le programme européen de coopération transfrontalière Interreg France-Suisse 2014-2020 et a bénéficié à ce titre d’une subvention européenne (Fonds européen de développement régional) et fédérale couvrant 65% du coût total du projet de 1,1 M €.

Le volet « Les Ambassadrices » du projet EdA prend en charge la production artistique et la diffusion des œuvres issues d’« Effondrement des Alpes » . À ce titre, il bénéficie d’un financement de la part de la Fondation Daniel & Nina Carasso.

En 2019-2020, dans le cadre de son volet « Inventer un nouveau patrimoine », le projet EdA bénéficie du soutien de la Ville d’Ugine et permet aux étudiant·e·s de l’ESAAA de faire du site à risque du Val d’Arly leur terrain d’étude et d’expérimentation artistique.