L’effondrement des Alpes – Inventer un nouveau patrimoine 2018-2021

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Le réchauffement climatique dans les Alpes provoque la fonte du permafrost, ciment de glace qui maintient la cohésion des falaises d’altitude, et, depuis quelques années, il s’ensuit de spectaculaires effondrements rocheux par dizaines – bientôt par centaines.

Or, les effondrements désorganisent les itinéraires tracés en montagne, ils menacent les pratiques outdoor, posent d’évidents problèmes de sécurité et provoquent l’effroi de celles et ceux qui, soudain, comprennent l’importance du changement climatique. Pour autant, ces phénomènes extrêmes doivent-ils s’appréhender uniquement comme des catastrophes ? Le projet EdA (pour « l’effondrement des Alpes – inventer un nouveau patrimoine ») propose de travailler sur cet objet contemporain avec des créateurs (artistes, designers, architectes…) et des chercheurs (géologues, anthropologues, philosophes, historien-ne-s, etc.) pour produire des œuvres, des récits et des événements qui le ferait apparaître comme un nouveau patrimoine : l’effondrement devient un objet dont on hérite et avec lequel on apprend à vivre.

À partir de lui, il s’agit dorénavant de raconter des histoires, montrer des images, organiser des gestes et de nouvelles pratiques.

Financé par l’Europe dans le cadre du Programme Interreg France-Suisse, ce projet porté par l’ESAAA avec le CPG – Centre de la photographie Genève rassemble plusieurs partenaires pendant trois ans et permet la mise en place d’un véritable laboratoire artistique des mutations du monde. Son activité irrigue l’ESAAA et les étudiants s’emparent des sujets travaillés tout au long de journées d’études, expositions, séminaires, travail sur site, etc.

Les axes de recherche

L’EdA est un programme de recherche transversal inscrit au cœur de l’école, mobilisant des étudiants, des artistes et chercheurs inscrits en DSRA, des enseignants, artistes, designers, théoriciens, et autres praticiens et praticiennes de la recherche en art à l’ESAAA.

Le point de départ de cette recherche (le réchauffement climatique qui dans les Alpes provoque la fonte du permafrost) lance une aventure collective qui multiplie les approches : art, ethnologie, architecture, géomorphologie, cinéma, design, géographie, alpinisme, collapsologie, droit, économie…

L’EdA, c’est donc un processus de création qui se déroule sur trois années (2018-2021), fonctionnant projet après projet, inventé au fur et à mesure de l’avancée du programme, construit pour et avec les partenaires et les territoires où se situe le travail en cours.

L’effondrement des Alpes met au travail quatre questions principales:

1. Quelles formes prennent les déplacements de masses rocheuses ?
Falaises devenant des rivières de pierre et autres phénomènes naturels, masses solides devenant liquides, carrières à ciel ouvert, travaux d’aménagement de la montagne (tunnels, routes, pistes de ski), mines oubliées, creusées dans les montagnes… Les mouvements des pierres dans les Alpes proviennent de multiples forces, gestes et technologies, avec ou sans l’action de l’homme, et l’EdA propose de les étudier en détail pour caractériser, du point de vue de l’art, les spécificités des effondrements, dans les Alpes et dans nos têtes.

2. Quelles productions déjà existantes sur le sujet peuvent être redistribuées grâce à l’art ?
Quelles sont les représentations déjà disponibles ? Documentation scientifique, photographies, récits littéraires, sciences participatives, mais aussi vidéos amateurs, archives personnelles, films catastrophes, journaux télévisés, etc. – l’effondrement existe déjà dans l’espace culturel et scientifique, le grand public en a déjà une représentation plus ou moins élaborée, plus ou moins effrayante, et il s’agit de s’en ressaisir depuis le champ de l’art pour penser la suite.

3. Qu’est-ce que la mémoire, qu’est-ce qu’un patrimoine et que sont les différentes échelles de temps au regard des Alpes ?
Faut-il penser les montagnes depuis et avec les montagnes, sans anthropocentrisme ? Faut-il regarder les histoires, les récits, les légendes, mais aussi l’entropie des montagnes comme celle des autres constructions en pierre du passé (comparer les Alpes aux temples, églises, sanctuaires ou châteaux d’autrefois, mais aussi aux grottes ornées qui, comme des falaises en creux, ont-elles aussi traversé le temps) ? Quels sont les processus de patrimonialisation à mettre en œuvre pour regarder les effondrements comme des héritages adressés au temps futur ?

4. Comment se tient l’homme dans les effondrements et plus largement dans les mondes en mouvement ?
Que construit-il et comment le fait-il ? Quelles architectures, quels objets, quels gestes produit-il ? Il s’agit de réaliser un inventaire de l’existant et de produire pour soutenir un imaginaire du mouvement et lancer des processus orientés vers l’après.

Ces quatre axes de questionnement sont travaillés pendant les trois années, et chaque année, les curateurs du CPG feront équipe avec les artistes chercheurs de l’ESAAA pour à la fois organiser des séminaires et colloques, mais aussi pour travailler en atelier et fabriquer des œuvres, des prototypes d’aménagement et autres objets relevant du design ou de la micro-architecture. Le CPG comme l’ESAAA vont mobiliser des partenaires tout au long du programme, sollicitant tel ou tel partenaire en fonction de l’objet, la question ou le territoire travaillés.

Événements organisés dans le cadre de l’EdA

La 1e journée d’étude au CPG – le 25 octobre 2018

La montagne a la fièvre – le 27 juin 2018 : événement de lancement du projet et vernissage d’exposition

En pratique, l’activité de l’EdA se développe au fil de plusieurs actions et dispositifs, pendant trois ans :

– un atelier de recherche et de production (expositions, publications, aménagements de site, etc.)
– 3 expositions au CPG à Genève + 6 déclinaisons de ces expositions dans le réseau Altitudes, côté français
– 3 colloques/événements
– 1 séminaire de recherche bi-mensuel pendant trois ans (soit 18 séances de travail entre artistes, designers, scientifiques et autres concerné-e-s, organisées en alternance à Genève et à Annecy)
– la production de 4 « projets situées », de nouveaux « produits touristiques culturels » et « produits touristiques naturels »
– 1 site web, véritable archive de l’ensemble du projet
– 4 livres « guides » pour mieux vivre dans l’époque de l’effondrement et du mouvement des pierres.


Le projet « Effondrement des Alpes » est soutenu par le programme européen de coopération transfrontalière Interreg France-Suisse 2014-2020 et a bénéficié à ce titre d’une subvention européenne (Fonds européen de développement régional) et fédérale couvrant 65% d’un budget de 1,1M€

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